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Thomas Piketty

 
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Lucile
Poussin

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MessagePosté le: Mar 26 Aoû - 17:33 (2014)    Sujet du message: Thomas Piketty Répondre en citant


Citation:
Thomas Piketty (né le 7 mai 1971 à Clichy) est un économiste français, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et docteur en économie, il est spécialiste de l'étude des inégalités économiques, en particulier dans une perspective historique et comparative. Il a reçu en 2002 le prix du meilleur jeune économiste de France et en 2013 le prix Yrjö Jahnsson.

Après avoir joué un rôle majeur dans la fondation de l'École d'économie de Paris, il y est professeur en 2014.
(Wikipédia)

Voilà ce que je peux en dire après avoir lu environ 680 pages :

1) C'est un ouvrage qui se subdivise en plusieurs parties et sous parties comprenant des sous sous parties assez courtes, ce qui en facilite la lecture. Ainsi par exemple, la troisième partie s'intitule "La structure des inégalités". La première sous partie est "inégalités et concentration : premiers repères" et dans cette sous partie, on lit d'abord une analyse du discours de Vautrin à Rastignac dans Le Père Goriot de la page 377 à la page 380 puis l'auteur aborde "la question centrale : travail ou héritage ?"et s'intéresse ensuite page 383 aux "inégalités face au travail, inégalités face au capital" etc.


2) C'est un ouvrage très long qui aborde le problème des inégalités sous différents angles mais aboutit souvent aux mêmes conclusions
. C'est sans doute nécessaire à la démonstration que l'auteur veut rigoureuse, scientifique, imparable mais cela entraîne pour le lecteur une certaine redondance.


3) les idées essentielles de ce livre sont :

a) Depuis l'Antiquité, la croissance est faible voire très faible. Les Trente Glorieuses constituent une exception et l'on attend en vain le retour d'une croissance à 3, 4 voire 5 %.

b) Puisque la croissance est faible, le capital ne peut que s'accumuler entre les mêmes mains. Les héritages, d'une génération à l'autre vont grandissant et l'on risque d'en revenir à la situation du XIXème siècle ou de la Belle Epoque, à savoir une extrême concentration des patrimoines, d'immenses inégalités sociales.

c) La situation au XIXème siècle est précisée par Vautrin dans Le Père Goriot : Vautrin conseille en effet à Rastignac d'épouser Melle Victorine dont le patrimoine est d'un million de francs et il bénéficiera ainsi d'une rente annuelle de 50 000 francs. C'est par un riche mariage que Rastignac s'élèvera socialement et non par le travail, comme le lui rappelle Vautrin.

d) La période allant de 1914 à 1945 a détruit ou réduit bien des patrimoines. Les baby-boomers ont donc moins hérité que les générations précédentes. En revanche, ils sont pu connaître une société méritocratique et donc démocratique puisque c'était grâce à son travail et non grâce aux revenus de son capital que l'on s'enrichissait alors.

e) Ce bel âge démocratique est révolu car les patrimoines se sont accumulés et tendent à s'accumuler toujours plus.

f) La grande différence avec le XIXème siècle et La Belle Epoque, c'est que les classes moyennes possèdent une partie substantielle du patrimoine (mais cela risque de ne pas perdurer).

g) La moitié de la population ne possède toujours aucun patrimoine et ne lègue quasiment aucun héritage.

h) La foi en la démocratie et la méritocratie qui était de mise depuis les Trente Glorieuses se trouve donc gravement remise en question.


4) Piketty évoque les différents pays et les différentes époques autant qu'il le peut
mais les sources manquent très souvent et là, cocorico, il fait la part belle à la France. En effet, on pouvait croire que la France était la première au monde uniquement en ce qui concerne le taux de redoublement de ses élèves mais non, pas seulement : elle est également la première au monde en ce qui concerne l'imposition et l'enregistrement des patrimoines : "Le cas de la France est particulièrement intéressant, car il s'agit du seul pays pour lequel nous disposons d'une source historique véritablement homogène permettant d'étudier la répartition des patrimoines de façon continue depuis la fin du XVIIIème et le tout début du XIXème siècle. Cela s'explique par la mise en place dès 1791, peu après l'abolition des privilèges fiscaux de la noblesse d'un impôt sur les successions et les donations - et plus généralement d'un système d'enregistrement des patrimoines - étonnamment moderne et universel pour l'époque." (page 538)


5) Si on reproche souvent aux Français d'être courts sur les faits et longs sur les conclusions, ce n'est assurément pas un défaut que l'on peut reprocher à Piketty. On peut même parfois lui faire le reproche inverse. Il faut en effet avaler des kilogrammes de pourcentages, faire quasiment une overdose de rapport capital/revenu pour enfin aboutir à des conclusions qui parfois nous laissent sur notre faim. Ainsi, lorsqu'il conclut : "Aux Etats-Unis, le paradis perdu est celui des origines, celui des Tea parties", j'ai envie de dire à l'auteur : "Développe ! Parle-nous un peu des Tea parties, de leurs discours, de leurs idées, des aspirations de leurs électeurs ! " mais il passe à l'idée suivante : "La mécanique patrimoniale : r versus g dans l'histoire"...


6) Il manque une dimension à cet ouvrage car l'être humain est perçu dans ce livre uniquement à travers le prisme de ce qu'il possède. C'est certes l'objet de cet essai mais cette problématique autorise de nombreuses questions, divers élargissements : qu'en est-il de l'héritage immatériel, de la transmission familiale des savoirs, des savoirs être, des savoirs faire ? Les enfants de ceux qui possèdent le plus grand patrimoine baignent-ils dans une ambiance spirituelle et intellectuelle plus riche que les autres ? Les riches transmettent-ils mieux à leurs enfants des repères leur permettant de construire un couple harmonieux, une famille heureuse et unie ? Dans quelle mesure ? Quels sont les rapports de cause à conséquence ? Tout cela est essentiel et ce n'est jamais abordé dans cet ouvrage. Je ne sais pas si c'est parce que Piketty voulait s'en tenir à son domaine, à sa problématique initiale ou bien parce qu'il lui manque la dimension lui permettant d'envisager, d'appréhender ces questions. A moins que ce soit sa démarche scientifique qui finalement, l'a asséché.


J'aborderai la prochaine fois la question de l'argent dans le roman du XIXème siècle.
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MessagePosté le: Mar 26 Aoû - 17:33 (2014)    Sujet du message: Publicité

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sousmarin
Plume aguerrie

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MessagePosté le: Mer 27 Aoû - 10:34 (2014)    Sujet du message: Thomas Piketty Répondre en citant

Même les économistes les plus rationnels oublient qu'une croissance à 3% sur 100 ans par exemple donnerait une richesse multipliée par plus de 19, je vous laisse imaginer le chiffre sur 5000 ans... une "petite" croissance de 1.1 % annuelle triple la richesse produite tous les 100 ans.
De plus, l'important n'est pas la croissance mais de quoi elle est constituée. Hitler par exemple a apporté la "croissance" en produisant massivement des armes...

Sauf en cas de périodes troubles (guerre par exemple) où il change de main rapidement, le capital a tendance à s'accumuler entre les mêmes mains parce qu'il est plus difficile à trouver que le travail. Pour quelle raison ? Parce que le capitaliste peut attendre, celui qui doit vivre de son travail non.
Dire que la société de 14/45 était "méritocratique" est assez troublant lorsque l'on sait comment les richesses se sont constitués à cette époque...de toute façon, la création de la grande majorité des "grosses" richesses, de tout temps d'ailleurs, ne sont ni "méritée", ni même "honorable"...

Pour répondre à ta dernière question, l'inégalité des familles - ce qu'elles apportent d'immatériel et ce qu'elles détruisent aussi chez leurs enfants (qu'en est-il du "coût" d'un viol par exemple ou même d'un "simple" manque d'amour) - est plus importante encore que l'inégalité financière qui, au delà d'un minimum vital, perd de son importance par rapport au reste...
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Lucile
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MessagePosté le: Ven 5 Sep - 14:26 (2014)    Sujet du message: Thomas Piketty Répondre en citant

L'argent est partout dans le roman des XVIIIème et XIXème siècle en raison de la grande stabilité monétaire alors. Avant la première Guerre Mondiale, l'inflation était nulle ou quasi nulle. Ainsi, les sommes données dans les romans"'permettent de fixer dans l'esprit du lecteur des statuts sociaux bien déterminés, des niveaux de vie connus de tous. [...] Ces montants permettent ainsi en peu de mots de planter un décor, des modes de vie, des rivalités, une civilisation." (p.175)

De plus, au XIXème siècle, "il ne suffit pas de réussir brillamment ses diplômes de droit, il faut souvent intriguer pendant de longues années, sans garantie de résultat" comme le souligne Vautrin dans son discours à Rastignac.

Aujourd'hui, personne ne met en scène des patrimoines de trente millions d'euros car l'inflation a brouillé les repères et on ne vit plus dans une société de rentiers : "une société structurée par la hiérarchie des patrimoines a été remplacée par une structuration presque entièrement fondée sur la hiérarchie du travail et du capital humain" (p. 667). Piketty donne justement comme exemple de société fondée sur la hiérarchie du travail et du capital humain des séries télévisées américaines comme Dr House, Bones ou encore West Wing. Il précise cependant que "des créations plus récentes mettent parfois en scène une inégalité plus inquiétante et plus nettement patrimoniale avec des patrons voleurs et leurs cupides épouses" ainsi qu'un escroc financier à la Madoff (Damages). "Dans Dirty Sexy Money, on voit même de jeunes héritiers décadents, peu dotés en mérites et en vertu vivre sans vergogne du patrimoine familial." (p.668). Les nouveaux rentiers du XXIème siècle sont donc présentés de manière très négative.
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sousmarin
Plume aguerrie

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MessagePosté le: Sam 6 Sep - 11:11 (2014)    Sujet du message: Thomas Piketty Répondre en citant

C'est vrai qu'au 19ème siècle, la "hiérarchie" sociale était directement liée à la richesse alors qu'à l'heure actuelle elle est plutôt attachée au métier, du moins officiellement, mais il existe plein d'inégalités souterraines.

Par exemple, les "élites" ont une fâcheuses tendance à se reproduire en cercle fermé (en France, plus de 60% des élèves des "grandes" écoles ont des parents venant des classes sociales dites supérieures, qui elles-mêmes ne représentent que 15% de la population) et il suffit de regarder le nombre d'acteurs qui ont des parents acteurs pour douter de la "méritocratie" de nos sociétés actuelles. Je ne parle même pas de nos "élites" politiques, ce serait trop facile...

La richesse est plus cachée qu'auparavant car moins glorifiée mais il ne faut pas oublier que certains individus sont plus riches que des pays entiers et peuvent, grâce à cette richesse et au pouvoir qu'elle procure, agir économiquement et politiquement en bouleversant la vie de millions d'êtres humains. Dans les séries télé, les riches perdent souvent mais dans la "vrai vie", c'est plutôt l'inverse.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 02:41 (2017)    Sujet du message: Thomas Piketty

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