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Christophe Guilluy

 
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Lucile
Poussin

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MessagePosté le: Lun 29 Sep - 16:51 (2014)    Sujet du message: Christophe Guilluy Répondre en citant


Citation:
Christophe Guilluy, né le 14 octobre 1964, est géographe et consultant auprès de collectivités locales et d’organismes publics.(Wiki)

En regardant l'émission de Frédéric Taddei : "Ce soir ou jamais" (une des rares émissions de la télévision où on peut assister à de réels débats avec des gens qui n'ont pas les mêmes opinions), j'ai entendu une démographe du nom de Michelle Tribalat. J'ai eu envie de lire son essai : Assimilation, la fin du modèle français. L'auteur fait plusieurs fois référence à l'essai de Christophe Guilluy sur les fractures françaises. C'est ainsi que j'ai eu envie de lire ce livre.


Le but de ce géographe est de "révéler les véritables ressorts de la recomposition sociale et démographique des territoires" afin de "comprendre comment les couches populaires vivent et réagissent aux effets de la mondialisation et du multiculturalisme". Il avance donc en terrain miné mais son analyse de "la recomposition sociale, démographique et culturelle des territoires" est rigoureuse et quand il fustige ceux qui ont l'habitude de donner des leçons de morale, il ne rate jamais sa cible :
"L'objectif de mixité est essentiellement plébiscité par les couches supérieures, c'est-à-dire celles qui pratiquent le plus l'évitement. Ainsi elles imposent indirectement aux seules catégories populaires une mixité qu'elles contournent elles-mêmes, que ce soit pour l'école ou le logement. mais aux yeux des classes dominantes, c'est le peuple qui est intrinsèquement raciste, c'est donc aux couches populaires qu'il convient en priorité d'imposer "un vivre ensemble éducatif". Naturellement immunisées contre ces bas instincts, les couches supérieures plébiscitent la ville mixte mais en s'en protégeant."


Ce géographe, qui est lu attentivement par des hommes politiques de droite comme de gauche, donne une vision pessimiste de la possibilité de cohésion sociale et culturelle du pays :

"Le sociologue et politologue américain Robert Putnam, un chercheur proche de la gauche américaine, évoque ainsi le net dépérissement du "capital social", c'est-à-dire de tous les aspects de la vie collective, dans les villes multiculturelles. Ses résultats, très commentés à l'étranger, n'ont étonnamment suscité aucune réaction en France. [...]
Plusieurs points sont particulièrement sensibles. Le premier est l'hypothèse selon laquelle plus la diversité ethnique et culturelle grandit, plus la confiance entre les individus s'affaiblit ; pis, Putnam montre que dans les communautés les plus diversifiées, les individus ont moins confiance en leurs voisins. Plus surprenant, il apparaît que dans ces mêmes communautés non seulement la confiance "interethnique" est plus faible qu'ailleurs, mais que la confiance "intra-ethnique" l'est aussi. Le sociologue conclut son étude en expliquant que la diversité ethnique conduit généralement à l'anomie et à l'isolement social." Triste

"Structuré par la recomposition sociale et démographique du pays, le séparatisme social et culturel tend à se renforcer par une généralisation des pratiques d'évitement plus ou moins assumées. Ces pratiques contredisent sensiblement les sondages d'opinions qui soulignent majoritairement une volonté de "vivre ensemble". Ce décalage entre l'expression d'une forme d'ouverture et le développement des pratiques d'évitement révèle une distorsion entre un idéal républicain affiché et la réalité d'une société morcelée. A cet égard, l'évolution de la carte électorale tend à confirmer l'incrustation d'un séparatisme culturel difficilement compatible avec le projet républicain". Triste

Il explique alors que le peuple qui avait quitté sa campagne pour venir vivre dans les faubourgs des grandes villes il y a deux cents ans lors de la révolution industrielle quitte ces banlieues pour deux raisons.
La première est la flambée de l'immobilier : "Contrairement aux images positives associées au développement métropolitain, la transformation sociale des grandes villes n'a en réalité rien d'un processus "soft". Conformément aux logiques de marché, il consiste à organiser l'appropriation radicale par les catégories supérieures de territoires et d'un parc de logements destinés hier aux plus modestes. L'image sympathique du "bobo-explorateur" arrivant en terre "prolo-immigrée" dissimule la réalité d'une violente conquête patrimoniale. L'euphémisation de ce processus est emblématique d'une époque "libérale libertaire" où le prédateur prend le plus souvent le visage de la tolérance et de l'empathie".
La seconde est la volonté de préserver son "capital d'autochtonie".

Nous verrons cela plus tard.
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MessagePosté le: Lun 29 Sep - 16:51 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Lucile
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MessagePosté le: Mar 30 Sep - 16:18 (2014)    Sujet du message: Christophe Guilluy Répondre en citant

Qu'est-ce que le capital d'autochtonie ?

"Jean-Noël Retière montre la place centrale que revêt, pour les classes populaires, le fait ou le sentiment de l'enracinement local. Ce dernier, source de liens sociaux, fonctionne comme un "capital d'autochtonie". Face à la mondialisation et au processus de désaffiliation, ce capital d'autochtonie est une ressource essentielle pour les catégories populaires. Plus que le sentiment d'appartenance de classe, il apparaît que ces réseaux relationnels représentent le "capital du pauvre" (expression empruntée à Nicolas Réhany). [...] Dans les quartiers à forte population immigrée, le regroupement communautaire participe aussi au développement de ce capital d'autochtonie.
Le problème est que le renforcement des liens sociaux sur une base communautaire exclut de fait les populations qui n'appartiennent pas à ces nouvelles communautés. Cette perte de capital d'autochtonie est l'une des causes de la fuite de ces quartiers mais aussi du regroupement dans des espaces périurbains et ruraux de ces catégories modestes d'origine française ou d'immigration ancienne."

Il ajoute que ces populations se retrouvent alors reléguées dans des petites villes ou à la campagne, loin des marchés de l'emploi dynamiques, loin des caméras de télévision et loin des décideurs politiques. Il s'ensuit une différence de traitement entre les ethnies, la République préférant donner de l'argent aux habitants de la banlieue parisienne et il donne un exemple :

"C'est dans cette optique que le sociologue Dominique Lorrain a réalisé une étude comparative sur les investissements publics entre le quartier des hautes-Noues à Villiers-sur-Marne et un quartier de la périphérie de Verdun. Dans les deux cas, les populations sont modestes et/ou précaires et les taux de chômage sont élevés. La cité des Hautes-Noues est classée "sensible", tandis que le quartier de la périphérie de Verdun n'a jamais fait parler de lui. Première surprise, le revenu moyen par habitant du quartier sensible de Villiers-sur-Marne est de 20% supérieur à celui de Verdun. L'auteur précise par ailleurs que les équipements culturels, les services publics et les facilités de transports sont moins fournis à Verdun : il faut compter trois heures pour rejoindre la métropole nancéenne pour vingt minutes pour rallier Paris depuis le quartier des Hautes-Noues. Enfin, et pour faire litière de l'idée d'un abandon des quartiers sensibles, le chercheur calcule le total des investissements publics par habitant. Le programme de réhabilitation dont bénéficie le quartier des Hautes-Noues prévoit une dotation de 12 450 euros par habitant tandis que le contrat de ville mis en place dans les quartiers de Verdun n'alloue que 11, 80 euros par habitant. Les investissements publics étaient donc mille fois plus élevés dans le quartier sensible que dans les quartiers de Verdun pourtant défavorisés."

Christophe Guilluy affirme alors : "Dans cette vision, les rapports de classe disparaissent au profit d'un clivage entre des "in" et des "out", entre des territoires "in" et des territoires "out" où se concentrent les minorités ethniques. Les classes dirigeantes ont adopté très rapidement cette représentation qui évacue la question sociale et finit par imposer une lecture différentialiste et inégalitaire de la société française. C'est en effet à partir de cette thématique du ghetto, celle d'une société xénophobe qui "assigne à résidence" ses minorités, qu'on enregistre les premières attaques du modèle égalitariste républicain".

Et il ajoute : "La gauche sociétale et la droite libérale s'accordent dans une même volonté d'abandonner en douceur le modèle égalitaire républicain. La crise des banlieues permet d'accélérer l'émergence de ce modèle où l'origine des individus et les communautés seront de plus en plus prises en compte."
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Lucile
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MessagePosté le: Mer 1 Oct - 11:48 (2014)    Sujet du message: Christophe Guilluy Répondre en citant

Un petit commentaire personnel pour finir :

Je trouve assez rassurant qu'un auteur comme Christophe Guilluy soit lu par des hommes politiques actuellement quand on songe qu'un think tank comme Terra Nova incite la gauche à abandonner le peuple, à ne plus s'en occuper et à se soucier uniquement de qui vote pour elle.

Il manque parfois des sources précises ou des statistiques pour étayer ses propos.

Parfois en revanche, C. Guilluy cite des individus peu fiables comme Michel Godet qui est pour moi l'archétype de l'individu fort en gueule et tenant des propos à l'emporte-pièce.

Je me retrouve souvent dans ce que C. Guilluy écrit, notamment dans le sentiment de relégation que l'on éprouve dans les petites villes, dans le fait que les prix de l'immobilier nous ont chassés de notre lieu de vie. Mon père qui était ouvrier a pu faire construire une maison dans la banlieue nancéienne. Aujourd'hui pour les classes moyennes diplômées, il faut habiter à 30 km de Nancy pour trouver une surface intéressante à un prix abordable.

J'ai cependant le sentiment que cet auteur ne maîtrise pas toujours la configuration des espaces dont il parle. Ainsi, dans les petites villes que je connais (Toul et Lunéville), il n'évoque pas les trois espaces qui composent la ville : le cœur historique, les banlieues pavillonnaires et la cité HLM où les populations sont d'ailleurs assez cosmopolites. Je ne partage pas entièrement son pessimisme concernant la situation des populations dans les banlieues pavillonnaires. Si je recherche qui part pour trouver du travail ailleurs en regardant les panneaux "à vendre" ou "à louer", je constate que ce sont surtout les habitants du centre de Lunéville ou de Toul qui partent. Il y a pléthore de maisons et d'appartements à vendre et des biens sont en vente depuis plusieurs années. Dans ces conditions, tout le monde vend à perte et se retrouve souvent dans un lieu où les prix de l'immobilier sont bien plus élevés.

Sa vision de la société française comme elle est et comme elle va est inquiétante et face aux échecs et aux dérives dont il parle, il propose une seule page pour trouver des solutions et je me demande bien comment un pays surendetté comme la France pourra revenir à plus d'égalitarisme républicain en donnant autant d'argent aux territoires ruraux et aux petites villes de province qu'aux banlieues des grandes villes.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:32 (2017)    Sujet du message: Christophe Guilluy

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