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Philippe Claudel
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sousmarin
Plume aguerrie

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MessagePosté le: Mer 29 Jan - 22:23 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant


Citation:
Philippe Claudel est maître de conférences à l'Université de Nancy au sein de laquelle il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel, en particulier l'écriture scénaristique. Philippe Claudel a également été professeur en prison et auprès d'adolescents handicapés physiques.
Ses principaux romans sont traduits dans le monde entier; son film, Il y a longtemps que je t'aime, avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein, a obtenu un grand succès en France et dans le monde.
Il intègre l'Académie Goncourt le 11 janvier 2012 au couvert de Jorge Semprún.
(Wikipédia)

La petite fille de Monsieur Linh :
Beaucoup de tendresse dans ce livre, émouvant mais qui sait garder la distance qui caractérise les bons écrivains…
Bien sûr, la maison de retraite luxueuse pour un réfugié dans laquelle, en plus, il peut continuer à s’occuper de sa petite fille, sans parler de sa fuite victorieuse, est peu vraisemblable mais il y a dans ce roman, une très belle histoire d’amitié silencieuse qui se traduit par des gestes très purs, voire épurés…une main qui se pose sur une épaule et que le lecteur perçoit, pour ne pas dire sent, sur la sienne…2 banals paquets de cigarettes qui font pleurer celui qui les reçoit…un monsieur Bonjour qui dit bonjour pour dire au revoir…un banc où il ne fait pas froid s’asseoir…
En parallèle à cela, il y a les ricanements méprisants des uns et l’indifférence de beaucoup à ce qui ne les frappent pas directement et puis il y a la petite fille qui ne parle pas ou le gros homme qui parle beaucoup à quelqu’un qui ne le comprend pas mais qui l’écoute attentivement.
Un livre sur le déracinement, la solitude et le désespoir mais aussi sur la communication, l’amitié …et l’espoir ressuscité…

Le rapport de Brodeck :
Il y a indéniablement un style Claudel qui vous remue les tripes…avec ses personnages témoins plus qu’acteurs. Ce rôle d’observateur passif atteint son apogée avec Brodeck ; d’homme chien pour survivre, il passe à complice, involontaire mais réel, d’un meurtre collectif.
Ce personnage est très ambigu…à la fois d’une résistance inouïe, puisqu’il revient de l’endroit d’où on ne revient pas, et d’une passivité déconcertante. Peut être est-ce ce trait de caractère qui lui a sauvé la vie, peut être est-il revenu des camps avec lui, l’auteur ne se prononce pas mais cet homme, plein de tendresse et de bonté, ne résiste pas (plus ?) au mal.
Ces hommes, pour qui il accepte de rédiger ce fameux rapport n’ont fait, après tout, que le dénoncer aux troupes d’occupation comme impur ; ils l’ont envoyé à la mort puis, une fois parti, ils ont participé au viol collectif de sa femme. Viol qui a détruit son épouse mais qui a crée un enfant que notre héros adore. Il possède les noms de ceux qui font perdurer l’horreur et qui renouvelleront leurs actes, envers une autre, en sa présence et que fait-il ? Rien, puis, une fois que le prévisible arrive, il rédige un rapport sur leur demande pour les dédouaner…Claudel, à travers ses personnages, se complaît dans l’inévitable, dans l’impuissance des hommes à changer, à réagir, à aller à contre-courant…
Le laisser-faire est une forme de complicité ; quand on laisse s’installer l’horreur sans réagir, peut-on dire que l’on n’y est pour rien ?
Claudel rentre de plein fouet dans l’émotionnel pessimiste, avec talent et noirceur.
Un beau livre, qui aurait néanmoins gagné en force avec des personnages plus nuancés, avec des points de résistances plus marquées…l’homme n’est pas qu’un tronc d’arbre qui ballotte au gré du courant, il réagit parfois et pas que stupidement comme l’Anderer mais avec réflexion également…
_________________
Hier encore un,
Chaque pétale de neige,
Redevient de l'eau.


Dernière édition par sousmarin le Jeu 13 Fév - 02:25 (2014); édité 3 fois
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MessagePosté le: Mer 29 Jan - 22:23 (2014)    Sujet du message: Publicité

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mimipinson
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MessagePosté le: Mer 29 Jan - 23:06 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Mon auteur chouchou, de ma région, et qui ne se la joue pas....

des avis à venir.....
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Dewey
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 21:51 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

L'Enquête


Philippe Claudel dresse un constat alarmant derrière l’apparat du roman : l’entreprise, de nos jours, a instauré une certaine autarcie autour d’elle et sa logique demeure incompréhensible, ses actes dénués de sens et son fonctionnement incohérent pour toute personne extérieure.
Les personnages sont décrits comme sans personnalité, ils sont définis par leur fonction : le Guide, le Gardien. L’Enquêteur lui-même dés lors qu’il est envoyé au sein de l’Entreprise perd petit à petit les souvenirs le concernant.
Les suicides sont en réalité une métaphore, l’Entreprise tue l’humanité des salariés en annihilant leur personnalité. Dés le début du récit la culpabilité de l’Entreprise est fortement sous-entendue, et la métaphore est filée au fur et à mesure que nous découvrons l’environnement de ceux qui se sont suicidés. Ce sont d’ailleurs les grands absents de l’histoire il en est rarement fait mention et l’Entreprise ignore leur existence comme elle ignore volontairement la personnalité de chaque individu devant travailler pour elle.
Peut être le roman qui m'a le plus scotché ces dernières années. Pour preuve je m'en suis servi pour mon mémoire. A mi-chemin entre Kafka et Ionesco, Claudel présente à mes yeux la critique la plus virulente qui soit à l'économie et à tout ce qui ne tourne pas rond au sein du monde de l'entreprise.
Chaque personne est déshumanisée et désidentifiée, elle ne porte le nom que de sa fonction, ce qui renforce le sentiment que tout le monde est remplaçable et qu'au finale peu importe ce qu'on est du moment que ce qu'on fait présente une utilité à notre employeur.
Personne ne comprend la logique de l'entreprise et doit s'exécuter en dépit de ce qu'on pense être le bon sens.
Un roman-reférence tant par le style qui est presque poétique, l'histoire écartelée entre le drame et l'humour, et un constat effarant, l'absurde du fictif n'est même pas caricatural. Une claque qui fait du bien.
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 21:59 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Meuse l'oubli

« Puis dans les jardins de Lochristi, parmi les anthémis jaunes, Paule est venue. Paule est venue bien des années plus tard, verser l’oubli sur tout cela, sur la lie et la boue, Paule qui était la vérité et l’onguent. »


Premier roman de Philippe Claudel, quelques petites maladresses, mais déjà la " patte Claudel» .C’est inutile de chercher matière à rire, chez lui, c’est la tristesse, le malheur, la noirceur qui dominent….mais quel talent !!
Philippe Claudel nous parle du deuil, de la perte, et du long chemin vers le renoncement, l’acceptation. Le narrateur meurtri par la perte de Paule, sa bien-aimée, fuit, pour se poser là où Paule ne se rappellera pas à lui…Et pourtant, Paule est partout.
Ce deuil de la femme aimée, est aussi l’occasion du deuil de la mère, de ses blessures d’enfance ; lui qui n’a jamais été autre chose que  « Filsaputain »

Le déroulé de ce court roman, est assez lent, mais cependant fluide aidé par de courts chapitres, et d’un phrasé aux mots percutants, choisis, presque taillés sur mesure pour mieux coller aux divers personnages.
A chaque fois Claudel me surprend  car il se renouvelle, à chaque fois il sait trouver juste ce qu’il faut de gravité et soyeux pour me toucher, et me donner envie d’y revenir au plus vite.


Dernière édition par mimipinson le Ven 31 Jan - 22:04 (2014); édité 1 fois
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:02 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

La petite fille de Monsieur Linh


« Quand il contemple la ville, Monsieur Linh ne cesse de penser à son ami, le gros homme. Et quand il regarde la mer, il ne cesse de penser à son pays perdu. Aussi la vue de la mer et de celle de la ville le rendent-elles pareillement triste. Le temps passe et creuse en lui un vide douloureux. Bien sûr il y a la petite, et pour elle il faut être fort, faire bonne figure, lui chanter la chanson comme si de rien n’était. Il faut être gai pour elle, lui sourire, la faire manger, veiller à ce qu’elle dorme bien, à ce qu’elle grandisse, à ce qu’elle devienne une belle enfant. Mais le temps est là, qui blesse l’âme du vieil homme, ronge son cœur et abrège son souffle.» 

Hors de tout repère temporel et spatial, nous n’avons que notre vieil homme  qui porte avec délicatesse  contre lui une petite fille, et un homme accablé par le chagrin. De ce dépouillement va pouvoir éclore l’amitié, la tendresse, l’amour, la délicatesse, et infinies petites choses indéfinissables. Philippe Claudel, parvient, avec des mots simples, de courtes phrases, à toucher au cœur, à faire du tendre avec du douloureux, à rester délicat et sobre  dans l’intime. Il parvient à surprendre le lecteur jusqu’aux dernières lignes sans tomber dans le grotesque.
Comme  Quelques uns des cent regrets, mais dans un registre différent, ce livre est une caresse accueillie avec d’autant de bonheur que ces caresses littéraires sont rares en ce moment. Un livre précieux… et comme Philippe Claudel me l’écrit en dédicace « à prendre contre soi ». Merci, tout simplement.

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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:08 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Quelques uns des cent regrets
 

Il y a comme une nostalgie apaisante dans ce court roman, d’une pudeur et d’une délicatesse visibles à chaque page. Cela fait tant de bien que de lire des mots aussi doux qu’une caresse……

Par un jour de crue, le narrateur arrive dans une ville du nord, dont on ne connaît rien, pour enterrer sa mère qu’il n’a pas vue depuis 16 ans. Le narrateur ne dit rien de précis sur ce lieu, mais un ou deux indices ne laisseront pas indifférents : la pâtisserie du « merle blanc » si connu des gourmands Nancéens (toute ma jeunesse que ce merle blanc) où le petit garçon mangeait du St Epvre…..douceur bien connue à Nancy. Quelle part d’autobiographie comporte de roman ? Philippe Claudel est Nancéen……

Comme un peintre, notre narrateur, du bout de son pinceau, se laisse aller à ses souvenirs, à ses regrets. De cette mère qu’il a peu connu, qu’il a quittée seize ans auparavant, il va se souvenir avec une infinie tendresse, alors qu’il s’apprête à faire avec elle son dernier voyage. Il était arrivé chargé d’un mystère, qu’il choisira, finalement de ne pas lever, sans regrets.

Un ode à la mère, à toutes les mères ; celles qui sont encore là que l’on chérie, et celles qui ne le sont plus, mais dont on garde à jamais au fond de soi mille et un souvenirs, quelques regrets, un visage qui avec le temps s’estompe, mais ne s’efface jamais.

Merci Monsieur Claudel de cet oasis de douceur teintée de mélancolie mais sans la tristesse .

« Des poux, on en a plein, une mère, on en a qu’une ! »
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:10 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Le café de l'Exelsior


C’est avec un plaisir non dissimulé que je me suis plongée dans la lecture de ce cours roman illustré des photographies de Jean-Michel Marchetti, et, publié par un éditeur nancéen bien connu.
C’est un petit garçon plein de nostalgie, Jules, qui exprime ici les quelques années heureuse qu’il a passées avec son grand père du côté de Sommerviller, qui tenait l’Excelsior…pas celui de la grande ville, celui aux belles verrières, « la bonbonnière aux chochottes ».Mais le bistro de village, où l’on se retrouvait ente hommes, pour refaire le monde, boire à l’abri des regards.
Ce qui lie Jules et son grand-père va bien au-delà de la tendresse, et de l’amour ; L’humour, la dérision, la finesse, la nostalgie d’un temps qui n’est plus, la vie jadis dans nos villages lorrains…tout cela avec le mot, et le ton justes, précis ; sans doute Philippe Claudel y a mis de son enfance pour en parler de façon si touchante.
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:11 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Trois petites histoires de jouets



Tout petit recueil de nouvelles écrit alors que Philippe Claudel est en résidence en Franche Comté, Trois petites histoires de jouets fait naturellement honneur à ce qui fait la fierté de la région : l’industrie du jouet. Trois histoires, trois personnages, trois destins, trois raisons de s’émouvoir de l’écriture de Mr Claudel, qui dans la concision réussit à faire passe l’essentiel.
Si Pierrot Lunaire est celui des trois qui m’aura le moins parlé, Bon anniversaire Monsieur Framottet m’aura fait intrigué par le côté enfantin de son personnage principal mais surtout par l’analogie faite entre le jouet que son entreprise fabrique, et le jouet dont il a fait sa toute première voiture. Néanmoins, c’est Firmin de Mains et Merveilles  qui m’aura le plus  émue.
Chacune de ces trois vies nous ramène à notre imaginaire d’enfant, et nous replonge au temps béni de nos premiers jouets.
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:13 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Parfums


Tel un flacon renfermant le précieux jus, ce livre, s’ouvre et se referme au gré de son humeur du moment. De longues inspirations jusqu’à en saturer les narines, ou, au contraire, laisser s’échapper de brèves effluves qui vont vous marquer durablement….
Un voyage olfactif, mais également visuel ; une parenthèse à la fois ouatée, et prononcée ; ce livre est tout cela, mais pas que cela. Chacun y retrouvera ses propres odeurs,  ses souvenirs d’enfance, ses petits riens oubliés, ses petits et gros chagrins, ses rires……mais surtout chacun s’y construira son orgue à parfums
Pour parler d’eux, certains auteurs choisissent de faire dans le sordide ou dans le pathos, de verser dans le misérabilisme. Philippe Claudel, d’ordinaire peu enclin à se mettre en lumière, a exhumé les odeurs, senteurs, et les  images de son enfance en terre Lorraine pour entrouvrir une porte sur son intimité familiale, sa jeunesse, sa personnalité.
Ce ne sont pas moins que 63 textes travaillés, ciselés, courts pour la plupart, mais intelligemment construits, dont chaque mot est posé, et choisi avec soin. On y retrouve les expressions lorraines «  attraper la mort », « la pouyotte ».
Philippe Claudel se fait tour à tour grave, nostalgique, tendre, drôle, gastronome…mais un peu coquin aussi….
Une enfance heureuse, normale pour me permettre un adjectif à la mode, où les chagrins d’enfant ne sont pas oubliés, mais pas non plus mis en exergue, des parents tendrement aimés, un village comportant moins de 1000 âmes qui est son ancrage profond et pour lequel il éprouve une tendresse infinie, Nancy et les bars qu’il connaissait mieux que la faculté où il était étudiant, la prison où il a enseigné, l’enfant qui dort…son enfant où l’écrivain cède la place au père qu’il est …
Que dire de plus après ces quelques mots à propos du munster ? « Le respirer le condamne, le gouter l’amnistie. Derrière ses allures de Quasimodo, de vilain canard ou de galeux, c’est un Prince qui pour apparaitre attend qu’on veuille bien l’apprécier. On se trompe si souvent sur les fromages ou sur les êtres. »
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:14 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Quartier


Philippe Claudel, arpente le quartier entre Meurthe et canal, non seulement pour en dresser un tableau tout en mélancolie, et nostalgie, mais surtout faire l’apologie de ces coins de ville ou village auxquels chacun et chacune est attaché pour mille et une raison.
Ces quartiers qui se désindustrialisent, se déshumanisent, ces quartiers où l’on a usé ses fonds de culottes, où l’on a gagné durement sa vie, ceux des bistrots, ceux des drames de la bêtise humaine.
Ces quartiers qui retournent à la vie, à une autre vie, comme c’est le cas de ce quartier- là.
A lire pour la poésie avec laquelle Claudel donne vie aux 22 photographies N&B de Richard Bato, et notamment celle de couverture si caractéristique d’un ciel de novembre.
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:15 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Au revoir Monsieur Friant

Autour de quelques toiles du peintre lorrain, Philippe Claudel se prête au jeu de la conversation intime autour d’une nature qui entoure le petit garçon qu’il a été, tendrement aimé par sa grand-mère, l’éclusière de Dombasle.

Il y a (comme toujours chez Claudel) une mélancolie douce et tendre qui s’installe autour de ces instantanés de jeunesse tissés de souvenirs, et de réflexions sur la création, son moteur et ses douleurs.


« J’écris comme on demande pardon, comme on crie dans la nuit lorsque l’on est tout enfant et qu’on espère que la porte va s’ouvrir et nous laisser voir à contre- jour, comme une apparition, la silhouette de notre mère, sa douceur, l’auréole tremblée de ses cheveux, sa main sur notre front mouillé et son baiser sur notre joue. »


Il fallait tout le talent, de Philippe Claudel pour faire vivre autrement, quelques belles pièces d’Emile Friant, le peintre de l’instant. J’ai beaucoup aimé la délicatesse, et l’intelligence avec lesquelles il a promené  le lecteur entre le peintre, et les petites choses insignifiantes de sa vie d’enfant et de jeune homme qui l’ont façonné.
Un petit livre qui se lit avec autant de gourmandise qu’il s’admire, et se feuillette.
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:17 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Le bruit des trousseaux


« Il y a beaucoup de mensonges en prison, mais ils sont moins grave qu’ailleurs car ils sont essentiels. On ment pour exister un peu plus, on se ment pour continuer à se supporter  »



Enseignant de formation, Philippe Claudel a durant11 ans, pris 3 fois par semaine le chemin de la prison pour y exercer son art. Pas n’importe quelle prison…la mienne…enfin celle de ma ville, Charles III….. Un nom qui raisonne en moi comme le stade ultime si je n’étais pas sage. « Si tu ne veux pas finir à Charles III, tiens- toi à carreaux, me disait-on souvent » Un endroit devant lequel je suis passée chaque jour, parce que sur mon chemin, tout simplement ; un endroit qui n’est plus, mais dont le fantôme est encore bien présent….
Bref un endroit où personne ne rêve d’aller (sauf une de mes copines, mais ça c’est une autre histoire !!!)
La prison, lieu de toutes les misères, lieux où se croisent petits malfrats, comme les assassins, ou les trafiquants, lieux où vivent des hommes et des femmes, et même enfants, lieux de vie, tout simplement.
Philippe Claudel livre de manière libre, et dispersée réflexions, expériences et anecdotes de ses années où il allait à prison apporter un peu d’autre chose, écouter, aider.


« Je sais qu’en moi, profondément, je n’ai jamais pu me persuader de la réalité des crimes commis par les détenus que je rencontrais chaque semaine. Peut-être moi aussi avais-je besoin de m’arranger avec cette réalité pour continuer à vivre, à venir en prison, à être dans ce lieu, à y passer des heures. Tout était ainsi amorti par une distance quasi cinématographique. Je rejetais l’horreur de l’autre sur un écran. »



C’est avec une certaine distanciation qu’il y va, sans juger, mais conscient de ses limites.
Le côté brouillon de ce récit laisse penser à une sorte d’urgence d’écrire et de se souvenir des hommes croisés durant ses années.
Cette  expérience humaine au milieu de l’inhumanité carcérale se lit rapidement, mais s’imprime durablement dans la mémoire.


Je laisse à Philippe Claudel le dernier mot…. « Ce peut être un témoignage ou, plus exactement, un faux témoignage, car il me manque quelque chose d’essentiel pour parler de la prison, c’est d’y avoir passé une nuit. Je ne sais pas au fond si l’on peut parler de la prison quand on y a jamais dormi. »
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mimipinson
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MessagePosté le: Ven 31 Jan - 22:19 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Barrio Floès


« Dans le barrio Flores, on ne savait pas écrire. L’école n’existait pas ; ou plutôt si mais il n’y en avait qu’une, sans maîtres, à ciel ouvert, toujours pleine de centaines d’élèves dissipés qui ne jamais ne la quittaient car ses leçons étaient sans fin :  cette école c’était la rue, qui apprend toutes les choses, , bonnes ou mauvaises, la vie et la mort, les sourires et les larmes. »


Les courts ouvrages de Philippe Claudel ont la particularité d’être particulièrement soignés ; tant sur le plan du contenu que du contenant.
Après Le café de l'Excelsior, et Quartier, Barrio Flores est le troisième petit bijou paru chez cet éditeur nancéien. ( Dragonne)

Philippe Claudel s’associe pour la seconde fois avec le photographe Jean-Michel Marchetti dont les clichés accompagnent sans ostentation les instants de vie du Barrio Flores, quartier aux allures de bidonville de Cuba. Ces chroniques sont autant de clichés empreints d’une infinie tendresse pour ses habitants dont la misère ne parvient à atteindre ni la bonne humeur, ni la débrouillardise.
Sous la plume de « petite musique », un gamin espiègle au doux nom de Juanito, nous faisons connaissance avec ces oubliés, ces petits, les sans noms, "les pas grand-chose"  des favelas, ces petites gens qui pourraient tout autant être ceux à nos porte que l’on ne voit plus.
Dans cette atmosphère nostalgique, la vie, l’amour, les sourires ne sont jamais bien loin.
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nihilobstat
Plume aguerrie

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MessagePosté le: Ven 7 Fév - 18:04 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Quelques regrets sur Claudel:


Claudel? Oui, mais....
Les âmes grises
Les âmes ne sont pas blanches ou noires, elles sont grises, dit un personnage. Est-ce vraiment ce qu’on ressent en refermant le livre ?
Pour être juste, c’est plutôt contrasté : on passe de certains personnages lumineux (en général, les femmes, les humbles, les subalternes et les exploités) à d’autres dont la noirceur est insupportable.
Coalition des puissants contre les prolétaires, enquêtes truquées, scènes dantesques de la mise à mort des déserteurs, Claudel contredit un peu le titre qu’il a donné à son œuvre.
C’est un roman puissant, dont on n’oublie rien, avec lequel on continue à vivre. Mais je reproche un peu à cet auteur le manque de réserve : à trop donner dans le pathos, on risque d’être moins crédible : La petite fille de M. Linh a une fin qui s’étire en longueur et qui manque de dignité. Le bruit des trousseaux (qui n’est pas un roman, mais un document) fait aussi un peu trop dans le sentiment. Le rapport Brodeck est probablement plus sobre : mais peut-être ai-je pris pour de la sobriété le manque de localisation, le manque de repères précis : ce qu’on ne marque pas par les dates, ou qu’on ne situe pas sur une carte fait moins mal !
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sousmarin
Plume aguerrie

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MessagePosté le: Sam 8 Fév - 00:47 (2014)    Sujet du message: Philippe Claudel Répondre en citant

Oui, Claudel en fait toujours trop dans l'émotionnel et ses personnages manquent parfois de crédibilité mais il reste un auteur qu'il faut lire au moins une fois.

"Le rapport de Brodeck" n'est pas sobre du tout - avec, en plus, un personnage principal tiré par les cheveux - il est même plus "émotionnel" que "La petite fille de Monsieur Linh".
Ce dernier est le premier livre de Claudel que j'ai lu, il m'a incité à en lire un second ; qu'entends tu par "fin qui manque de dignité" ?
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:34 (2017)    Sujet du message: Philippe Claudel

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